Jimmi, l’artiste et son œuvre

 

Né en 1935 à Berlin, Jimmi fait partie d’une génération d’artistes stigmatisée par l’après-guerre et venue à la peinture au terme d’un parcours sinueux et insolite. A l’âge de treize ans, le jeune Herbert Weitemeier décide de se consacrer à sa passion première, le cirque. Trois années plus tard, un accident l’arrache à une carrière prometteuse. Issu d’une famille nombreuse et de condition modeste, il doit travailler pour vivre, et décide alors d’apprendre la menuiserie. Ce nouveau métier ne sera qu’un gagne-pain car c’est au début des années cinquante qu’il se découvre un penchant pour les arts figuratifs et commence l’étude du dessin anatomique en cours du soir. En 1957, il est reçu à l’Ecole des Beaux-Arts de Berlin qu’il quittera en 1959 pour rejoindre les Beaux-Arts de Paris. Nombreuses seront ses pérégrinations dans le sud de la France à compter de 1960. Le Vallauris d’Antan, sur lequel il jeta finalement son dévolu, allait alors devenir sa deuxième patrie. C’est ici qu’il allait signer des œuvres remarquables comme, par exemple, le vieux Mathieu, un portrait débordant d’expressionnisme. Jusqu’en 1972, Jimmi partage sa vie entre Vallauris et Berlin, avant de retrouver définitivement sa ville natale, principale source d’inspiration de son œuvre picturale.

 

Et c’est ce Berlin d’après-guerre, cette métropole polymorphe que Jimmi traitera inlassablement et inexorablement dans ses légendaires collages, qu’il baptisera « paysages urbains ». Des paysages sans végétation, sans protagonistes, rien d’explétif, rien que les cicatrices du passé. La ville capitale interprétée par Jimmy est le témoin direct des affres et vicissitudes qu’a connus ce siècle : mégalomanie, despotisme dévastateur, destruction, séparation, etc… Aucune autre ville de l’Occident n’aura symbolisé de façon aussi ostensible et caricaturale l’avènement et le déclin d’une ère géopolitique bipolaire vouée à sa propre perte. Aussi cette image de la ville symbole de toutes les visions manichéennes du monde apparaît-elle très tôt dans la peinture européenne. Les mosaïques figurant sur les voûtes des basiliques du haut moyen-âge à Rome ou en Sicile présentaient déjà les deux visages de la ville : d’une part les remparts crénelés protégeant en leur sein des amoncellements de palais, de temples et autres ouvrages qui traduisent la vision onirique d’une ville irréelle, telle la divine et céleste Jérusalem ; et d’autre part la vision de l’ancien testament, celle d’une cité terrestre et profane sur laquelle s’abattent les flammes du courroux divin. Ce récit allégorique est celui de Sodome, Gomorrhe et Babylone. Babylone, c’est la grue qui défie dieu, et qui incarne la nature peccable et corruptible de l’homme. La mégalomanie des babyloniens de l’ancien testament ne rejoint-elle pas la démagogie des urbanistes berlinois d’après-guerre, qui décidèrent de détruire au détriment de la conservation du patrimoine architectural ? C’est cet urbanisme sauvage que Jimmi a mis au pilori dans son interprétation de la cité déchue. Après tout, nos villes et leurs vestiges ne sont-ils pas l’ultime témoignage de notre passage ici-bas ?

 

A tous ceux qui ont connu Jimmi, et à tous ceux qui découvrent son œuvre à l’occasion de cette exposition, appréciez le message et l’artiste car ils font tous deux preuve d’intégrité.

 

Sebastian Weitemeier, février 1997 

 

© 2015 Freundeskreis Herbert Weitemeier

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now